Edith Stein, La personne humaine en question,  par Eric de Rus 

  Comment pourrait-on éduquer sans une claire vision de la personne humaine ? Edith Stein qui fut dix années durant (entre sa conversion et son entrée au Carmel) une remarquable enseignante, a consacré une large partie de ses travaux philosophiques à fonder une conception chrétienne de la personne.

   Cette conception se nourrit du triple héritage de la phénoménologie dans laquelle elle fut formée, de la philosophie thomiste qu’elle découvrit après sa conversion, et de la spiritualité carmélitaine qui devait être son ultime port d’attache. Les enjeux éducatifs de ses recherches anthropologiques ne lui échappaient pas : en effet, éduquer consiste à libérer en l’enfant les forces intérieures latentes qui lui permettront de se construire de façon progressivement autonome. Rien moins qu’un dressage qui stimule des mécanismes, l’éducation doit se faire pour Edith Stein « de l’intérieur vers l’extérieur». L’éducateur a donc à se rendre attentif à la « forme intérieure » unique en chaque enfant, car « c’est la vie intérieure qui est le fondement ultime ». livre

C’est une anthropologie de l’intériorité que va développer la philosophe et qu’Eric de Rus nous synthétise dans son dernier ouvrage.  
Eric de RUS enseigne la philosophie au Centre Madeleine Daniélou de Rueil-Malmaison. Spécialiste d’Edith Stein, il a déjà publié Intériorité de la personne et éducation chez Edith Stein (Cerf, 2006) et L’art d’éduquer selon Edith Stein (Cerf, Ed. du Carmel, Ad Solem, 2008).  Il est aussi poète (Le Chant du Feu, Atlantica, 2009) et a publié un livre d’entretien avec la danseuse Mireille Nègre (L’art et la vie, Ed. du Carmel, 2009). S’il convient de recommander à des enseignants les deux premiers ouvrages cités, explicitement tournés vers l’acte éducatif et remarquablement approfondis, on peut toutefois encourager les personnes qui ne connaissent pas la pensée d’Edith Stein et craignent des développements un peu abstraits, le dernier ouvrage, plus concis, plus abordable et plus général, centré sur la vision steinienne de la personne.

Educateurs ou non, notre époque nous présente un profond bouleversement des représentations de la personne, non sans périls (que l’on pense à l’effacement de la différence sexuelle promue par la gender théory, à la relativisation de la dignité humaine en début ou fin de vie, ou venant d’un autre horizon, de l’inégale dignité de la femme et de l’homme promue par certains musulmans, etc.). Cependant, vouloir déterminer une nature humaine immuable, parfaitement définissable, n’est-ce pas chosifier la personne et finalement enfermer sa liberté dans une essence figée ? N’est-ce pas oublier qu’ « image du Dieu inconnaissable », l’homme transcende toute définition ? En organisant sa réflexion autour de l’intériorité, Edith Stein déjoue le piège du réductionnisme. Le fond de la personne n’appartient en effet qu’à Dieu qui a voulu que sa créature se constitue de l‘intérieur comme un sujet libre. « Ce fond intime qui a été donné à l’homme […] il a aussi le devoir de le conserver comme un bien précieux que Dieu lui a confié »1. Concevoir la personne comme un don mystérieux que chacun reçoit d’une source divine, c’est donc fonder une anthropologie de la liberté. Mais cela n’exclut pas les données structurelles de la personne, corps, âme, esprit, à travers lesquelles la personne va se déployer, de même que les dimensions relationnelles inscrites dans cette dynamique de croissance. Eric de Rus ramasse en quelques thèmes brefs et limpides les grands axes de l’anthropologie d’Edith Stein : la condition humaine ouverte sur la transcendance, la personne comme être de relation, comme être rationnel et libre, comme unité substantielle d’âme et de corps, la destination naturelle et surnaturelle de la personne, l’intériorité spirituelle comme demeure de Dieu et espace de donation…   
La vision qui se dégage de ce parcours est la plus « humaniste » qui soit : oui l’être humain est libre, auteur de son histoire et ce d’autant plus qu’il reçoit sa vie comme un don à faire fructifier. La liberté appelle l’amour et s’épanouit en relation.  L’appel que Dieu inscrit dans le cœur de l’homme n’est pas « une voie par avance tracée, […] les contours ne se dévoilent au contraire que peu à peu ». Cet appel agit comme une lumière intérieure, une loi de croissance ordonnée vers le bonheur ; il nous achemine à la ressemblance avec le Christ, et cette ressemblance est la manière la plus personnelle d’accomplir notre chemin unique : « Lui qui a formé chaque cœur humain veut un jour manifester le sens secret de l’être de chacun par un nom nouveau que seul comprend celui qui le reçoit2 ».

                                                                                                                     Xavier DUFOUR

Eric de RUS, Edith Stein, La personne humaine en question, Pour une anthropologie de l’intériorité, Cerf-Ed. du Carmel-Ad Solem, Cahier d’études steiniennes n° 3, Paris, 2011. 

1 Cité p. 9. 
2 Malgré la nuit, cité p. 65.
 

 

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