Événement : Éduquer des hommes libres
Questions posées par quelques enseignants au Ministre de l'Éducation nationale 

Le 4 janvier 2013, M. Peillon, ministre de l’Education Nationale, adressait aux recteurs d’académie une circulaire consacrée au « respect de la diversité des orientations sexuelles » à l’école.
En découvrant la résolution du gouvernement de « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », certains y ont vu la volonté de substituer l’Etat aux familles, comme première, voire unique instance éducative. Cependant, en contre-point de cette interprétation aux relents totalitaires, la même missive assure que « l’école doit être un lieu de protection et préserver les sensibilités et consciences de tous les jeunes », ajoutant qu’ « il convient d’appeler à la retenue et à la neutralité au sein de tous les établissements ».
Interrogés par cette contradiction entre l’affirmation d’une idéologie d’Etat d’un côté, et une neutralité de principe, notamment dans les questions d’éducation affective et sexuelle, de l’autre, nous nous souvenons simultanément de l’attachement de notre ministre à une « morale laïque », permettant « d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ».
C’est pourquoi nous lui adressons les questions suivantes.  

Tout d’abord, est-il juste d’opposer implicitement l’éducation familiale, suspecte d’imposer un conditionnement de la personne, et l’éducation scolaire, par principe émancipatrice et indemne de dérives liberticides ? Ne vaut-il pas mieux penser la nécessaire collaboration de ces deux instances, surtout face aux élèves les plus fragilisés par les alea de la vie ?

M. Peillon semble tenir l’homophobie pour un problème majeur de l’école, qui se traduirait par des « violences » récurrentes infligées à une minorité. Pour autant, il ne cite aucun chiffre, sinon le taux de suicide quintuple constaté chez les jeunes homosexuels par rapport aux hétérosexuels, sans approfondir davantage l’interprétation de cette corrélation. Certes, il convient de prévenir toute agression, fût-elle verbale, à l’égard de tout élève, quel qu’en soit le prétexte. Mais cette évidence, que personne ne conteste, doit-elle aller de pair avec la promotion d’une éducation sexuelle aux orientations pour le moins discutables ?  

En effet, la même circulaire invite à « relayer avec la plus grande énergie […] la campagne de communication relative à la ‘ligne Azur’ », décrite comme une « ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou identité sexuelle ». La consultation du site internet lié à cette ligne (avant qu’il ne subisse un prompt nettoyage suite à de nombreuses protestations) est édifiante. Ce site promeut une vision anthropologique directement inspirée des courants contemporains les plus radicalement constructivistes : il n’y a plus des hommes et des femmes, mais, dans l’ordre de présentation du logo, des « homo, bi, hétéro, masculin, féminin, cisgenre, trans » (sic). Pour le reste, la visite des liens proposés par le site (avant le nettoyage déjà évoqué) nous plonge dans un univers explicitement pornographique, présentant des témoignages d’orgies sexuelles, à deux ou plus, selon le registre le plus ludique, autant que le plus scabreux.

Monsieur le Ministre, de quelle éducation parlons-nous ?

Tout éducateur de terrain sait que « l’initiation sexuelle des jeunes par la pornographie » (G. Bonnet) fragilise affectivement ceux d’entre eux qui sont les plus vulnérables et les moins protégés.  Que devient alors le souci  de « préserver les sensibilités et consciences de tous les jeunes » ? Que devient la « neutralité » éducative de l’école ?

Notre ministre croit-il vraiment que les jeunes se reconnaissent dans une vision aussi dégradée  de l’amour humain, ravalé à quelques orgasmes sans lendemain, avec pour seul enjeu existentiel le souci de ne pas contracter de maladie ? C’est mal les connaître et beaucoup les mépriser que de ne pas entendre en eux l’aspiration à une union durable, engageant toutes les dimensions de leur personne, et pleinement respectueuse de celle de l’autre.

Enseignants du public et du privé, nous ne reconnaissons pas notre mission d’éducateur dans cette misère affective et humaine. Cette mission, selon nous, vise à éveiller les jeunes à une vraie liberté, nourrie du sens de leur responsabilité à l’égard d’autrui, du monde et d’eux-mêmes, et non au morne esclavage de pulsions incontrôlées. 
Nous pensons que l’invitation à l’individualisme le plus déréglé, non seulement trahit les idéaux républicains de cohésion sociale, mais fragilise la liberté des individus en les réduisant à de purs consommateurs anomiques, drogués aux mondes virtuels, au sexe ou au cannabis. Enfin, il ronge les liens familiaux, associatifs et politiques, qui demeurent pourtant les premiers remparts contre la dure crise économique que nous traversons.

Conscients de la haute dignité de notre métier d’enseignants et d’éducateurs, nous demandons au ministre de revenir à une position plus raisonnable, respectueuse de la complémentarité des lieux éducatifs,  en renonçant à imposer un modèle ultralibéral à la formation morale des jeunes.

Xavier Dufour et Arthur Craplet,
au nom d’un collectif de professeurs de l’Enseignement Public et de l’enseignement Privé sous contrat.

 Nous vous proposons quatre documents en annexe de cette lettre :

Lettre de Mr Peillon aux recteurs le 4 janvier 2013

Ligne Azur des copies d'écrans      Campagne Ligne Azur L G B T _2012

SIS_Tomber la culotte _ extraits